La Musique Tsigane avec
clarinette est très présente dans les pays d'Europe centrale.
Dans les pays cités en marge, les Tsiganes sont très souvent les
acteurs de la vie musicale, dans les mariages et les fêtes où leur talent peut
s’exprimer. Ils jouent la musique demandée, en y ajoutant leur "patte"
personnelle souvent identifiable pour une oreille exercée. Un livre/CD édité
chez "Cité de la Musique/Editions Actes Sud", "Les Tsiganes de Hongrie et leur
Musique" donne de précieuses informations sur ce sujet. Les illustrations
datant de 1840 attestent de l’existence de la clarinette dans les
orchestres tsiganes.
Si le côté enjoué de la musique juive s’exprime par les glissandi, des
ricanements faciles à percevoir dans le jeu de la clarinette, quel que soit le
pays, on ne peut pas parler d’un style tsigane bien défini. Les Tsiganes
jouaient (jouent) à la demande les airs de fêtes au village. En Roumanie, ce
sont les "tarafs", groupes plus ou moins importants de musiciens, dont ceux de
Haïdouk et de Carancebes sont connus en Europe occidentale, par leurs tournées
et enregistrements. Mais il existe aussi des fanfares (constituées uniquement
de cuivres et percussions + éventuellement la clarinette) en Roumanie, mais
également en Bulgarie, en Serbie, en Macédoine…
Les Tsiganes jouaient aussi
pour la bourgeoisie dans les villes (en Hongrie, ancien Empire
austro-hongrois).
En Roumanie, l’influence turque est importante et la clarinette moins utilisée
là ou l’on trouve le taragot (Taragot : instrument en bois à anche simple,
comme la clarinette, mais à perce conique (la clarinette a une perce
cylindrique) qui donne une sonorité plus ample et douce dans le grave,
éclatante dans l'aigu, proche de celle d'un saxophone soprano). La perce est la
partie évidée de l'instrument, où vibre la colonne d'air. Le musicien le plus
connu pour cet instrument est roumain et s'appelle Dimitru Farcas (discographie
à son nom). La clarinette y a repris le répertoire du hautbois, plus "criard"
et moins souple dans le son, hautbois (zourna) que l’on trouvait dans les
fanfares des janissaires turcs.
En Grèce, l’influence ottomane se fait sentir par le style "danse orientale",
dite danse du ventre, illustré par le "tsifteteli", danse rapide présente en
Grèce, en Turquie et à Chypre. Deux styles de musique, nés à la fin du XIXème
siècle, y ont cohabité un temps. Dans le style des "cafés Aman" des communautés
grecques orientales (à Constantinople et Smyrne, actuellement Istanbul et
Izmir, et dans les villes grecques), le répertoire des chanteurs était métissé
et la clarinette présente, avec d’autres instruments comme l’oud, le santouri
etc… Dans le style "rébétiko" (né dans les prisons et pratiqué par les
"marginaux") qui s’est développé en subissant l’influence de celui des cafés
"Aman" qu’il supplantera progressivement, la clarinette n’est plus utilisée.
En Hongrie, le style tsigane était urbain. Les Tsiganes animaient souvent les
bals de conscription. On y mélangeait des chansons urbaines (opérettes et
autres) avec des tsardas (qui se sont développées à cette époque). Peu
d’exemples discographiques à présenter pour la clarinette, l’instrument "Roi"
étant le violon.
La clarinette en France,
La France étant un des plus grands fabriquants de clarinettes au monde,
la clarinette "populaire" y est heureusement représentée, surtout dans la
musique bretonne où les "sonneurs de clarinette" animaient aussi les mariages
et fêtes.
La clarinette que l’on appelait "treujenn’gaol" ou "tronc de chou" était
beaucoup utilisée dans certaines régions de Bretagne, notamment le Trégor
(ouest de Paimpol, côte du nord) et ce jusqu’au début du XXème siècle, après la
guerre de 14-18, quand elle y fut supplantée par l’accordéon. Elle subsistera
cependant de ci, de là et le "revival" des années 70 puis 90 la fit sortir de
l’oubli (relatif) grâce à de nouveaux musiciens. (Livre + cassette audio
"Clarinettes et anciennes danses populaires du Trégor", Editions Dastum, 1991)
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